GRAND PRIX DES LECTRICES ELLE 2016 (Suite)

La catégorie “documentaire” du Grand Prix des Lectrices Elle 2016 a été pour l’instant l’occasion de belles découvertes. Des destins hors du commun ( Lucie Dreyfus, la femme du capitaine, ou encore Gertrude Bell, archéologue, aventurière et agent secret) et des histoires fascinantes (Naître et survivre de Wendy Holden par exemple qui raconte comment 3 femmes déportées à Mauthausen ont réussi à accoucher dans l’enfer des camps et à protéger leur nouveau-né ). Mais surtout, il y a LE livre, celui qui m’a bouleversée, émue, fait réfléchir…Ce petit livre, c’est “Et tu n’es pas revenu” de Marceline Loridan-Ivens.

et tu n'es pas revenu

Voici ma critique:

C’est une lettre courte mais poignante que Marceline Loridan-Ivens adresse à son papa, Salomon Rosenberg, déporté avec elle à Auschwitz mais qui n’en est jamais revenu. Elle n’avait que 15 ans lorsqu’ils ont tous deux été faits prisonniers lors d’une rafle. Il lui avait alors dit : « Toi tu reviendras peut-être parce que tu es jeune, moi je ne reviendrai pas ». Ces paroles, l’auteur ne les a jamais oubliées, pas plus que leur dernière étreinte dans l’enfer des camps. Mais comment reprendre une vie normale après avoir vécu l’indicible ? Comment surmonter la culpabilité d’avoir survécu alors que tant d’autres ont péri ? Et comment raconter l’inimaginable à ceux qui ne l’ont pas vécu et ne peuvent pas comprendre ?

Dans ce récit dépouillé et pudique, sans aucun détail superflu, Marceline Loridan-Ivens ne cache rien des pires moments de son existence : la petite fille grecque dont elle a malgré elle causé la mort, le vol des affaires des personnes gazées à leur arrivée, le difficile retour en France, les silences de sa mère qui ne veut rien savoir des souffrances endurées par sa fille, la déception de son petit frère qui aurait préféré que ce soit leur père qui revienne…

Les mots sont simples mais forts et si l’auteure arrive à coucher ses souvenirs sur papier, elle ne peut empêcher la colère et la douleur qui l’étreignent encore, plus de 70 ans plus tard, de s’exprimer dans chaque phrase. Elle a survécu, oui, mais à quel prix !

Il y a peu Marceline Loridan-Ivens demandait à une autre rescapée : « Maintenant que la vie se termine, tu penses qu’on a bien fait de revenir des camps ? » et celle-ci lui avait répondu : « Je crois que non ». Ce terrible constat résume bien à quel point « l’après »  a été difficile pour les anciens déportés. Leurs témoignages sont pourtant une nécessité pour ne jamais oublier. Et ce que Marceline Loridan-Ivens réussit à nous offrir avec cette lettre écrite d’une seule traite est un récit bouleversant à lire absolument et à partager autour de soi.

A suivre…

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