Première Participation à un Concours de nouvelles – First Participation in a Short-story contest

En début d’année, j’ai participé pour la première fois à un concours de nouvelles organisé par la Vie des Livres. Mon texte “Un locataire encombrant” est arrivé 3ème ex-æquo. Earlier this year, I participated for the first time in a short-story contest organized by La Vie des Livres. My text ” Un locataire encombrant” finished tied for 3rd place. 

la vie des livres

Un colocataire encombrant

Deux mois. Il fallait que je tienne deux mois. Cela a été ma première pensée lorsque l’on m’a annoncé que nous allions devoir cohabiter, toi et moi, dans mon petit chez moi.

Sur le moment cela m’a paru insupportable, je dois bien le reconnaitre. Après tout, nous ne nous connaissions pas. J’avais certes entendu parler de toi au détour de quelques conversations, tu ne m’étais pas complètement inconnu, et je connaissais ta réputation. Mais je n’aurais jamais imaginé que nos chemins se croiseraient un jour. Pas maintenant en tout cas.

Mais puisque je n’avais pas vraiment le choix, je me suis fait une raison. Finalement avoir de la compagnie allait me faire du bien. Depuis mon retour en France après 9 ans passés en Californie, je recherchais un sens à ma vie. Entre un nouveau travail décevant et une vie sociale à reconstruire, je ne savais plus trop qui j’étais, ce que je voulais. Ma vie américaine était derrière moi mais je n’étais pas encore vraiment redevenue française.

Les questions étaient nombreuses, les réponses, en revanche avaient du mal à se dessiner. Alors je courrais dans toutes les directions. Je saisissais toutes les occasions, me dispersais, et à force de tout vouloir, de tout essayer, je me perdais.

Tu n’étais que de passage, tu ne donnais pas l’impression de chercher une relation à long terme, les risques étaient donc limités. Nous ne deviendrions pas amis, les choses étaient claires dès le départ, mais je pouvais bien faire des efforts et apprendre à te connaître. Ce que tu attendais de moi m’importait peu. J’allais faire contre mauvaise fortune bon cœur et mettre tout en œuvre pour que cette situation que l’on m’imposait se déroule au mieux. Alors j’ai mis mes projets de voyage de côté. J’ai cessé de sortir à tout va et me suis concentrée sur une autre personne que moi. Toi !

Puis, alors que je pensais être bientôt débarrassée de toi, on m’a annoncé que tu allais rester plus longtemps. Six ou sept mois de plus, ça restait vague et ce n’était pas négociable. La nouvelle m’a fait l’effet d’une bombe. Pourtant, j’avais bien compris ces dernières semaines que tu te sentais à l’aise chez moi. Tu prenais de plus en plus de place et sans que je m’en rende compte, progressivement, mon chez moi était en train de devenir ton chez toi.

Une nouvelle fois, j’ai encaissé le coup. Une nouvelle fois, je n’ai pas trop voulu montrer mon trouble mais la vérité est que je commençais à avoir peur. Et si ces six ou sept mois se prolongeaient encore ? Aurai-je le courage de résister ? Ne finirais-tu pas devenir le maitre des lieux ?

Pourtant, il faut bien que je sois honnête, notre cohabitation s’était plutôt bien passée jusqu’ici. J’avais imaginé le pire mais tu t’étais bien comporté. Tu étais parfaitement fidèle au portrait que l’on m’avait fait de toi, j’aurais pu « plus mal tomber ». Mais voilà, je n’ai jamais aimé les surprises et je voulais retrouver ma petite vie d’avant. Rentrer le soir du boulot et m’effondrer sur le canapé puis regarder des inepties à la télé sans avoir à faire la conversation à quiconque. Manger ce que je veux sans avoir à me soucier des désirs d’un autre. Rester au lit toute la journée ou au contraire partir sur un coup de tête en Italie. En bref, n’avoir de rendre de comptes à personne d’autre que moi.

C’est marrant comme d’un seul coup cette existence qui me paraissait si fade juste deux mois auparavant, devenait maintenant un idéal à retrouver. Je n’avais plus l’impression d’avoir fait le mauvais choix en tout quittant pour recommencer à zéro. Ma vie n’était pas parfaite, certes, mais c’était la mienne, celle que je m’étais bâtie des deux côtés de l’océan. Et je l’aimais cette petite vie, j’en avais maintenant vraiment conscience !

Alors j’ai serré les dents et me suis accrochée. J’avais bien tenu deux mois déjà, même si cela me coûtait, je pouvais bien jouer les prolongations. Je n’étais pas la première à qui l’on imposait une cohabitation non-voulue, je pouvais le faire ! On apprend de toute situation, et celle que tu m’imposais allait sans doute me rendre plus forte. Je l’espérais en tout cas et j’ai à nouveau courbé l’échine.

Mais rapidement tu es devenu plus agressif et mes bonnes intentions ont volé en éclats. Je m’étais pourtant montrée conciliante jusque-là, trop gentille sans doute, et toi, tu en voulais encore plus. C’est vrai que cela aurait été idiot de ta part de ne pas en profiter. Je t’avais laissé entrer chez moi, sans le vouloir au départ soit, mais à présent tu étais là et bien là, confiant et triomphant.

Subrepticement, insidieusement, tu avais pris le dessus sans que je m’en rende compte vraiment. Moi qui aimais tout planifier, je ne contrôlais plus rien. Je ne me reconnaissais plus dans cette personne qui laissait un autre décider pour elle. Ma vie était devenue la tienne. Je vivais au gré de ton rythme et de tes désirs. Tu me définissais à présent et comme dans un vieux couple, nous ne faisions plus qu’un.

Même mes amis ont commencé à prendre peur. Je ne sortais plus sans toi et même chez moi, lorsque je te croyais assoupi, affaibli, tu revenais toujours à un moment donné te rappeler à notre bon souvenir. Ton omniprésence les impressionnait et certains en ont profité pour prendre la tangente. Pas tous heureusement et je dois à ceux qui sont restés d’avoir trouvé en moi la force de me sortir de ces mauvais draps!

Cette situation n’avait que trop duré, il fallait maintenant que j’affronte la réalité, avec la tête froide et un moral d’acier. Alors je me suis retroussée les manches, et de victime passive, je suis devenue soldat. Te chasser de chez moi est devenu mon seul objectif, ma lutte de chaque minute. Il était hors de questions que je te laisse gagner plus de terrain, j’allais récupérer ce qui m’appartenait. Dans cette guerre que je t’avais déclaré, il n’y aurait qu’un seul vainqueur. Toi ou moi, il n’y avait pas de solution intermédiaire.

J’ai alors tout encaissé, tout accepté pour pouvoir m’en sortir. La route a été longue, plus d’une fois j’ai trébuché et si j’y ai laissé beaucoup de moi, je savais que le jeu en valait la chandelle. Ma vie d’avant, celle que j’aimais tant à présent, m’attendait au bout du chemin. Alors, même avec dix kilos de moins, chauve, à moitié aveugle et à bout de force, j’y ai toujours crû et je n’ai rien lâché.

Tu avais pris de l’avance sur moi dans ce combat mais avec la foi et la volonté on peut soulever des montagnes, je le sais maintenant. Quinze mois jour pour jour après avoir pris possession de mon corps, tu prenais enfin tes clics et tes clacs. J’allais enfin laissé derrière moi les longues heures à l’hôpital, les tests douloureux et les traitements invalidants. J’avais gagné, je t’avais enfin chassé de chez moi.

Cancer, tu peux maintenant aller voir ailleurs, je suis à nouveau une femme libre. Tu m’as fait comprendre à quel point ma vie était belle et valait la peine d’être vécue. J’ai bien retenu la leçon, ce n’est pas la peine de revenir. Ma porte t’est désormais fermée.

http://www.pearltrees.com/laviedeslivres/concours-nouvelles-vie-livres/id11717050

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